Depuis mon très jeune âge, on me cataloguait comme une intellectuelle. C’est vrai, j’ai toujours eu le nez dans mes livres que j’ai toujours adoré. À l’époque où « supposément » tous les enfants aimaient jouer dehors, moi je lisais, j’écrivais, je chantais et je dansais. Pour m’amuser à l’extérieur, c’est en me balançant et en chantant que vous pouviez m’y retrouver.

Les écrans n’étaient qu’une simple télévision en ce temps-là, aux images noires et blanches, mais je passais déjà beaucoup de temps devant. Quand ce n’était pas possible, j’étais dans ma chambre à écouter la radio et écrire.

Je n’ai jamais eu de talent manuellement. J’ai détesté dès l’enfance faire du ménage, chez-nous c’était obligatoire mais jamais fait comme il faut selon notre maman. Il faut bien l’avouer maman était très méticuleuse, je ne voyais pas la nécessité dans ce temps-là d’en faire autant. Alors, bien sûr, quand maman vérifiait mon travail, j’avais fait les coins ronds.

C’est une fois adulte que j’ai enfin compris les bienfaits du ménage et du rangement. Je n’ai toujours aucun plaisir à le faire mais j’apprécie les résultats, alors ça en vaut la peine.

Il n’y avait pas que le ménage qui m’exaspérait, tout travail manuel me rebutait. Je paressais outrageusement dans ma chambre et me tenait éloigné de tout apprentissage qui aurait pu me simplifier la vie et même me rendre plus confiante en moi.

Car il faut bien l’avouer, je le sais maintenant, le travail manuel a son lot de temps relaxant, qui peut devenir une sorte de méditation.

Maman savait tout faire, elle cuisinait, cousait, tricotait et avait en même temps, une vie active, c’est-à-dire qu’elle a dansé, chanté, danser, jouer aux quilles, patiner etc. Elle n’a appris à conduire qu’à l’âge de 40 ans, donc avant cela elle marchait ou prenait l’autobus quand elle avait à se déplacer que ce soit pour magasiner, ou aller travailler (mon père travaillait avec son auto, donc de jour elle n’y avait pas accès).

Elle aurait dû être un modèle pour moi mais rien de cela ne m’attirait.

C’est lorsque j’ai commencé une vie de couple que j’ai réalisé que c’était important de savoir se débrouiller dans la vie. Je me souviens que je ne savais même pas cuire un poulet, c’est une amie qui m’a expliqué qu’il fallait d’abord enlever le petit sac d’abats qu’on laissait dans les entrailles du dit poulet.

Pour moi, l’intello et la féministe, je levais le nez sur tous ces travaux de maison, image de la femme soumise et recluse à son domicile.

Je fus donc d’abord une femme au travail, mais mon premier compagnon de vie avait la fâcheuse valeur de l’homme macho, et s’attendait à ce que je fasse le nécessaire chez-nous. Ce qui voulait dire, cuisiner entre autres. Au décès de ma belle-maman (la mère de mon conjoint), j’ai hérité de son livre de Jehanne Benoit, j’ai donc mis en pratique plusieurs recettes qu’elle nous démontrait avec des mots simples. Mon conjoint en fut ravi car il s’agissait des recettes que sa maman lui confectionnait.

Ça m’a amené exactement là où je le craignais, c’est-à-dire la « p’tite femme à la maison » qui cuisine pour son mari et qui est relégué à la cuisine et au silence.

C’est aussi dans la même période que j’ai décidé d’apprendre à coudre et à tricoter. Pour la couture, je le dois à ma maman qui, voyant ses filles inexpérimentées dans ce domaine, nous a payé un cours à moi et ma sœur. Me sentant encore trop amateur à la fin de ce cours, je me suis payé une deuxième session plus avancée. À partir de là, j’avais une bonne base. Étant une jeune maman à la maison (hé oui!), je m’en suis donnée à cœur joie pour me pratiquer sur ma petite fille, âgée d’à peine 15 mois à ce moment-là. Je lui confectionnais de tout, allant des robes et même aux manteaux. Je pouvais défaire des articles que nous ne portions plus pour coudre un ensemble pour elle. Je me suis bien amusée.

Ma fille possède encore une crèche de Noël avec tous les personnages, que j’ai confectionné dans des retailles de tissus. Elle fut sous mon arbre de Noël durant de nombreuses années.

Pendant ce temps-là, j’ai vu ma sœur progressé avec beaucoup plus de talents que moi. Elle avait hérité du talent de créativité de notre mère. Je l’ai toujours admiré pour cela, sans jamais la jalouser je vous assure. La base que j’ai réussi à apprendre m’a permis, le reste de ma vie, de me débrouiller pour des réparations simples et m’éviter les frais d’une couturière.

Tant qu’à être dans le développement de mes habiletés manuelles, j’ai décidé, un peu plus tard, de suivre un cours de tricot et crochet. J’ai donc appris les rudiments de base et me suis encore amusée à créer (à partir de patron, je ne suis pas assez talentueuse sans ça) des morceaux de vêtements intéressants.

Bon, je l’avoue humblement je n’ai jamais été sportive. Je n’aime pas la compétition. Je rêve d’un monde où tout le monde serait égal et partagerait leurs forces et leurs talents selon leur compétence. Je suis idéaliste, je le sais. Pour le sport, j’ai donc opté pour des activités plus individuelles, comme le vélo et la marche. De ce côté, j’ai donc appliqué mon « tout s’apprend », en considérant mes valeurs personnelles.

Pour le reste, je l’avoue humblement, je m’en suis toujours remis aux hommes autour de moi pour monter, modifier ou déménager un meuble par exemple. J’ai obtenu mon permis de conduire assez tard moi-aussi (autour de 22 ans), là-aussi, je m’en suis pas mal toujours remis à l’homme de ma vie pour me conduire un peu partout.

Ainsi donc, malgré mes valeurs féministes, je suis bien de mon époque et n’ai pas trop fait d’efforts pour me débrouiller toute seule dans tout. J’ai laissé la part dite « pour les hommes » bien en accord avec mon temps.

Ce temps de vieillissement me fait toutefois bien remettre en question ma façon d’être. Je réalise comme je n’ai pas été conséquente avec moi-même. Je répète depuis de nombreuses années que « tout s’apprend ». Et certains épisodes de ma vie actuelle, m’obligent maintenant à le mettre complètement en action.

Je peux donc maintenant commander un meuble et le monter moi-même, je n’en suis pas peu fière. Finalement, ce n’était pas si compliqué que ça… il fallait juste y mettre un petit effort de lecture et de compréhension. La force n’étant pas un atout majeur là-dessus.

Je reste une passionnée de lecture, d’écriture et de musique. L’ordinateur a pris la place pour m’offrir tous ces plaisirs. Et c’est de ce côté que je peux donner libre cours à ma créativité. Chacun ses forces.

Mais ici aussi, je dis que « tout s’apprend », il suffit d’y mettre un peu d’ouverture et ne pas seulement critiquer ces nouveaux outils qui peuvent nous faciliter la vie. Il se peut que ça nous demande un peu plus de travail que d’autres, mais je crois fermement que « tout s’apprend ». On ne deviendra pas un expert nécessairement, mais on saura se débrouiller dans ce monde en pleine évolution qui ne demande qu’à nous aider.

Ce qui est formidable, c’est que les jeunes d’aujourd’hui ont bien compris les avantages de la technologie et ont accès à des vidéos explicatifs pour développer ces habiletés par eux-mêmes. Il y a une recrudescence de jeunes qui aiment tricoter, crocheter et coudre. Sans compter les plaisirs de cuisiner qu’ils découvrent aussi en ligne. On comprend maintenant que ces exercices simples sont une source de méditation et amènent à une pause bien nécessaire dans ce monde toujours en mouvement. Je suis épatée de voir tous ces jeunes qui confectionnent, sans même avoir de formation au préalable, et qui réussissent merveilleusement bien dans la plupart des cas. Serait-ce que les formations didactiques d’autrefois sont en pleine évolution? Je le crois fermement.

Moi-même j’ai eu accès à de l’aide supplémentaire pour perfectionner certaines techniques apprises, récentes et passées.

Je peux donc affirmer haut et fort que « tout s’apprend ». Parfois les méthodes d’apprentissage peuvent changer et évoluer, mais rien ne doit nous arrêter. Soyez ouvert, apprécier ce que nous avons autour de nous et profitez-en pleinement!