
La planification de ma retraite s’est dessinée vers la culture. Je ne serai jamais une artiste à part entière, mais je peux laisser libre-cours à mes aspirations de jeunesse.
Car oui, dans ma jeunesse c’est le monde de la culture qui m’attirait. D’abord, je voulais être écrivaine, je le disais haut et fort. Je passais des nuits à écrire sur mes états d’âme bien sûr, mais aussi j’ai écrit beaucoup de poèmes et même une pièce de théâtre.
C’est vraiment le monde des arts qui m’attiraient. Je me tournais vers ce monde magique et je rêvais d’une vie remplie d’amour et de paix.
La vie m’a vite rattrapée. Il m’a fallu d’abord gagner ma vie, personne ne le ferait à ma place. Sans compter que mon cœur s’est amouraché rapidement et pas avec des hommes qui avaient des aspirations semblables aux miennes. Je me suis adaptée, je n’ai pas eu le choix.
Je sais que c’est le lot de la plupart des gens de ma génération ou de n’importe quelle génération. Peu ont le courage et la détermination pour aller au bout de leur espoir artistique.
Alors, ma retraite me laisse enfin le loisir de vivre cela, sans la crainte du gagne-pain inhérent.
Je suis enchantée de pouvoir écrire autant que je le veux, et même d’avoir ajouter un aspect musique à mes activités quotidiennes (pauvres voisins qui doivent subir mes répétitions de chant à chaque jour). Je peux aussi lire autant que je le veux et non pas seulement des lectures axées sur mon métier.
Car, de métier, je ne pouvais être plus loin des mes aspirations. J’ai fait une carrière en finance. J’ai étudié par les soirs et les week-ends, en même temps que je travaillais, pour améliorer mes conditions de travail. J’y suis assez bien arrivé. J’ai pu compléter une maîtrise en administration des affaires (MBA), spécialisée en services financiers.
Durant toutes les années de ma carrière, je me suis alimentée de lecture fastidieuse mais appropriée à mes tâches quotidiennes. Pas le temps pour de la lecture plus légère ou plus de « gauche » pourrait-on dire.
Je ne vous mentirai pas, ce n’était pas facile. Ce n’était pas ma vraie nature selon moi et je devais travailler fort pour avoir des résultats honorables.
Malgré tout, ces exercices financiers ont façonné ma vie et m’ont rendu plus efficace, et même plus rationnelle. J’ai appris à faire la part des choses dans ma vie quotidienne. Ils m’ont aidé à m’installer confortablement, à nourrir mes enfants et à leur offrir une vie décente, puisque les hommes de ma vie n’ont pas suivi ce même chemin et m’ont laissé assez seule avec la responsabilité elle-même.
Je ne regrette rien. Je suis fière du chemin parcouru.
Mais récemment, j’ai pris conscience que ces acquis qui avaient façonné ma nouvelle personnalité me créait peut-être une déficience dans la nouvelle vie de retraitée que je mets en place depuis quelques années.
Mon esprit d’analyse est plus aiguisé et je détecte trop rapidement les failles d’un milieu qui vit dans le rêve. N’oublions que c’est le propre du milieu artistique de créer du rêve. Ce qui leur fait oublier parfois d’être plus terre-à-terre, de rester les deux pieds sur terre disons-le autrement.
Et je m’insurge contre ces déficiences… Ai-je raison? Je commence à penser qu’il va me falloir baisser mes attentes pour mieux profiter de cette nouvelle vie. Ce n’est pas évident toutefois…
Et vous, si vous être retraités profitez-vous autant de vos journées que vous l’espériez? Je mets de côté l’aspect santé, car on sait bien qu’avec le vieillissement viens souvent des problèmes de ce côté. Nonobstant cela, pouvez-vous passer sous silence les manques dans les organisations artistiques? Y arrivez-vous? Ou est-ce simple pour vous?


















