
J’ai toujours eu la bougeotte. Après avoir passé mon enfance dans la même maison (à partir de l’âge de 3 ans jusqu’à mes 18 ans), ma vie d’adulte, elle, n’a été qu’une succession de changement de domicile.
Selon mes calculs, je serais déménagée plus de 20 fois dans ma vie adulte. Je constate que la cadence a quand-même diminué depuis quelques années. Heureusement car comme la mère de mon conjoint disait « déménager c’est une ruine ». Je serais sûrement plus riche si je n’avais pas eu à débourser autant à chaque déménagement; nouveaux meubles, nouveaux rideaux et aussi les frais de déménagements eux-mêmes.
Les raisons de ces déménagements sont toutes assez différentes, surtout au fur et à mesure que je vieillis.
Les premières années, comme conjoint d’un homme qui n’était jamais heureux et cherchait son bonheur ailleurs, je l’ai suivi simplement. Je me disais, pour oublier le mal du pays que cela me procurait, que chez-nous c’était là où on le décidait. Je me suis donc toujours bien adaptée partout où j’ai vécu. Mieux, j’ai fait de belles rencontres et j’ai conservé des liens avec plusieurs d’entre elles. Sans compter les coins de pays que j’ai découvert et qui m’ont toujours enchanté.
Puis ce furent des raisons administratives, pour ne pas dire budgétaire qui m’ont fait chercher de nouveaux endroits où vivre. La vie de mère monoparentale, après une séparation, n’a pas un fonds monétaire très extensible.
La rencontre d’un nouvel amoureux et la possibilité de pouvoir partager les frais ont permis de retrouver la joie de vivre dans une maison à nous. Ce fut de courte durée, une perte d’emploi de ce nouveau conjoint, m’a replongé dans la réalité d’un budget restreint.
À partir de ce jour, j’ai compris que je ne devais compter que sur moi-même pour m’assurer d’avoir toujours un logement décent pour mes enfants et pour moi. Ce que j’ai assez bien réussis puisque j’ai pu faire l’acquisition d’une maison, où nous avons pu vivre confortablement durant 21 ans.
J’ai ainsi enfin pu donner un point d’ancrage à mes enfants. Une résidence familiale où le cours de la vie a suivi son chemin et apporté son lot de bons et moins bons moments. Même pour mes petits-enfants, cette maison a donné une mémoire vive.
Avec le vieillissement et les enfants qui ont quitté le nid, j’ai finalement dû me résoudre à me départir du petit havre de paix qui m’avait donné tant de beaux moments de vie. L’énergie et la santé déficiente m’obligeant à me tourner vers moins de responsabilités. Il devenait évident que je ne pouvais entretenir cette petite maison si douillette que j’avais tant aimé.
La location apportait moins de responsabilités, surtout avec un bon propriétaire. Je suis chanceuse, c’est ce que j’ai trouvé et nous y vivons depuis bientôt 7 ans. Nous sommes toujours heureux du nouveau petit nid que nous habitons, mais un seul hic… les escaliers deviennent peu à peu un handicap pour nous.
Le temps et l’inflation faisant leurs effets, ça devient beaucoup plus compliqué toutefois de déménager. Les prix de location ont explosé en même temps que le prix des maisons, et c’est la classe moyenne (et pauvre aussi bien sûr) qui écope dans leur budget.
Et en vieillissant, il est de plus en plus difficile de se départir de certains biens. Alors que déménager dans plus petits deviens le leitmotiv du vieillissement. Je travaille fort pour éclaircir l’espace que nous occupons. Mais au lieu de s’éclaircir, j’ai l’impression que c’est juste de plus en plus encombré.
Est-ce le lot de tous les aînés de se retrouver dans cette situation? Je constate autour de moi que c’est un point commun que je partage avec plusieurs amis de mon âge.
Non seulement le prix des loyers est-il devenu une problématique importante de nos vies, mais de se voir s’installer ailleurs apporte son lot de nostalgie en voyant partir les souvenirs de toute une vie. Maman est souvent à la recherche d’objets lui ayant appartenu. Ils sont son point d’ancrage et leur disparition la mette en déséquilibre. Pourtant, elle a consenti à s’en départir dans le temps, avec quelques erreurs de distribution dû à la rapidité de ses déménagements.
D’un autre côté, plus on apprend à se départir de ces objets aux vives émotions, mais combien encombrants en même temps, plus on offrira une succession simple à nos héritiers.
Je m’assume là-dessus. Mais je partage ma vie avec quelqu’un qui s’accroche à ses biens, souvent inutiles, mais remplis d’espoir, je ne le blâme pas.
Notre vieillissement amène son lot de défis dont celui de se départir de certains de nos souvenirs, surtout quand notre tête commence à les oublier.
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