
Vieillir sans souffrir
Vieillir sans avoir peur
Vieillir sans la solitude
Vieillir sans manque de protection
Vieillir sans perte d’autonomie
Vieillir sans éloignement
Vieillir… juste vieillir
Vieillir n’est pas à la mode. Il y a eu les hécatombes dans les services de soins de longue durée, pourtant sans surprises pour tous ceux qui les fréquentaient. Il y a eu la technologie qui tasse les vieux, devenus inutiles. Il y a eu les moqueries sur l’environnement, après tout ce sont les vieux qui ont livrés cette planète devenue insalubre, à cause d’eux.
Il y a eu tant de négativisme qu’on peut qualifier notre époque d’âgisme, c’est certain.
Mais le savoir ne règle pas le problème, il ne fait que l’exposer, le rendre plus flagrant de tristesse.
Je sens la vieillesse en moi, mais aussi autour de moi. Entourée de personnes vieillissantes, je peine à trouver des images encourageantes, des modèles de la bonne démarche.
Béatrice Picard disait lors d’une récente entrevue qu’elle donnait à la télévision, qu’il faut vivre au jour le jour, ne pas penser à demain. Car sinon, on perd du temps, on perd le temps présent. Cette grande comédienne a 92 ans et n’a pas accepté le mot retraite dans sa vie, encore aujourd’hui elle monte régulièrement sur les planches. Récemment, elle avoue que la maladie la rattrape. Elle sait donc de quoi elle parle.
J’essaie de me former à cette pensée du moment présent bien que toute notre éducation nous a appris à regarder vers l’avant, à faire des plans. J’ai travaillé fort pour me forger un avenir, pour devenir la femme fière et organisée que je suis devenue. Alors ce n’est pas une mince affaire que de vouloir vivre le moment présent, sans trop penser au lendemain.
Je dirais que le passé est plus présent dans ma vie que le futur. Il trotte dans ma tête car c’est la seule issue qui redonne un peu de joie de vivre.
Mon conjoint a quelques problèmes de santé qui nous amène à abandonner plusieurs projets. La réflexion que ses maladies apporte dans notre vie de couple est un mur d’incompréhension.
J’ai entendu Janette Bertrand raconté son vieillissement, dans une entrevue, en soulignant qu’elle avait la chance d’avoir un conjoint vingt ans plus jeune qu’elle, ce qui l’aidait considérablement à vivre chez-elle sans trop d’aide. À près de 97 ans, même si sa tête semble toujours bien en santé, son corps la lâche peu à peu.
Je n’ai pas songé à ça quand j’ai rencontré un homme de 13 ans mon aîné, qui pense à ça quand l’amour cogne à sa porte. Je ne crois pas que Madame Bertrand l’ait réalisé au départ de sa vie amoureuse, elle non plus. On devrait peut-être être plus rationnel quand on tombe en amour. En même temps, il me faudrait effacer plusieurs années de bonheur à ses côtés si je n’avais pas partagé sa vie.
Pour couronner cette réflexion nostalgique, je vois ma propre mère vieillir et ce n’est pas en douceur. Elle déprime d’être arrivé à son âge et s’insurge de continuer à vieillir. Elle n’en peut plus de sa vie terrestre et se plaint de ne pas partir rejoindre les gens qu’elle a aimé. La lourdeur de sa dépendance la rend si amère, et chagrine mon rôle de fille.
Je suis deux fois proche-aidante m’a-t-on fait remarquer récemment. C’est donc le lot de mon quotidien de voir des gens vieillir, en sachant que je suis engagée sur une route semblable.
Le lâcher-prise et le dépassement de soi sont des philosophies très à la mode actuellement. D’ailleurs, ces deux messages s’affrontent très souvent dans notre société. Lorsqu’on vieillit, impossible de lâcher-prise sur les problèmes de santé puisque ça nous enveloppe. Par contre, on relève régulièrement le pari de trouver de l’aide dans notre système de santé, c’est le défi ultime. Quant aux services, c’est presqu’une utopie de croire que ça existe encore.
Alors pour moi, l’important c’est de me trouver un certain confort et de vivre dans la quiétude de mon quotidien. Peut-on arrêter de croire que le dépassement de soi est la seule voie possible.
Comment vieillir dans cette époque où la technologie a pris la place de la sagesse des aînés. Des aînés qu’on évacue sur une île déserte pour qu’il ne dérange plus. Amusez-vous entre-vous, nous on a une société à bâtir semble nous disent nos rejetons.
En cet ère où la technologie semble être omniprésente, où est notre place? Doit-on s’adapter et tant pis si on n’y arrive pas, il faut aller de l’avant après tout. Pourtant les 65 ans et plus représentent 20% de la population au Québec (19% au Canada) selon les dernières statistiques. C’est une part importante de la population qui traîne vers le bas le reste des gens. Il y a bien quelques exceptions, mais soyons honnêtes le défi de la technologie n’est pas la priorité des aînés.
Je ne peux reprocher aux générations qui nous suivent leur manque de soucis pour la nôtre. Où étais-je à cet âge-là? Prise dans le souci de ma routine familiale et professionnelle. Ils peinent à trouver leur souffle entre les deux. Comment leur demander d’être là pour nous, même s’ils offrent leur service avec toute la meilleure volonté du monde. Je pense qu’ils ont plus besoin d’aide que d’en donner…
J’ai pris conscience pleinement de cet état de fait lorsque j’ai retranscrit l’autobiographie de ma maman. Elle a vécu le vieillissement (et le vit toujours) dans des circonstances loin d’être faciles. Elle a été proche-aidante à deux reprises, et veuves à deux reprises finalement. J’avais l’âge de mes enfants actuellement, lorsqu’elle l’a vécu la première fois, je ne pouvais comprendre toute la portée de ce qu’elle vivait. C’est en la lisant, avec mes yeux d’aujourd’hui, que j’ai réalisé pleinement la lourdeur de son vécu.
Bien sûr, j’ai la chance de côtoyer plusieurs personnes qui semblent heureuses de leur vieillissement. Je ne sais si c’est une façade ou une réalité, car je ne suis pas dans leur quotidien pour le constater. Mais à prime abord, ces personnes vieillissantes sourient à la vie et s’accommodent avec résilience des désagréments qui leur arrivent. Elles sont mes seuls modèles.
Alors, il doit y avoir de l’espoir. Il faut que je me raccroche à cette perspective
Le temps de vieillir est bien là et m’apporte une réflexion profonde.
Dans le silence de cette nuit, déjà avancée, je cherche une explication à tout ce chaos qui hante le monde et relègue le vieillissement au second plan.
Très beau et tellement vrai Liette tu as une belle plume
Merci Michel!
Que c’est bon de te lire. J’ai adoré chaque phrase que tu as écrite. Bravo Liette!!!
Merci Julie
Un texte qui pose plus de questions qu’il n’offre de réponse, comme la vie. Un texte très pertinent qui comme la vie offre toute la fragilité de son auteure, sans fausse pudeur. Bravo Liette.
WoW 😍 Félicitations Liette 🎉
J’ai aimé te lire ❤️ Tu décris très bien notre réalité. Comme tu le dis si bien essayons de vivre le moment présent avec tous ces petits bonheurs ,
Merci Micheline… je pense que ma réalité rejoint celle de bien d’autres. C’est pourquoi j’ai décidé d’écrire ce blogue.
Beau texte à réflexion Liette!
Tes mots décrivent tellement bien cette réalité. La seule pensée que les sourires que nous recevons et ceux que nous donnons soit omniprésente est rassurante. Magnifique texte.
Merci Alex!
Excellent texte à méditer.
Merci, Liette !
Merci!
Que tu écris bien grande soeur. Et que c’est donc vrai en plus.
Je t’aime xox
Merci Serge, je sais que toi et moi on partage bien cette réalité.
Très beau texte! Une réflexion profonde et tellement vraie. J’ai le même constat vis à vis le vieillissement, le fameux dépassement de soi et les embûches à venir « déjà commencé pour certains d’entre nous ». Merci Liette de partager tes pensées dans l’écriture, j’apprécie vraiment.
Bonjour Liette,
Bravo pour ce beau texte sur les vieux, texte qui porte à la réflexion. On dirait que je n’ai pas conscience de faire partie des VIEUX. Mon coeur me semble encore tout jeune et je continue à faire des projets que la pandémie a ralentis, mais que je recommence à élaborer.
C’est drôle, mais parfois je me promène en auto avec mon mari des 51e dernières années et je l’entends dire: « Regarde le p’tit vieux comment il conduit tout croche! » Et je lui réplique qu’à 76 ans il n’est plus très jeune.
Quant à moi, à 78 ans, j’ai peur d’aborder les 80 ans dans deux ans. J’espère que je serai une octogénaire encore en pleine forme et encore aidante naturelle de mon oncle de 90 ans.
Le temps passe vite et tous les beaux moments, je veux les savourer et lâcher prise pour les inconvénients et les problèmes qui ne sont pas si nombreux que ça.
Dans ma famille de 12 enfants, j’ai présentement deux frères qui souffrent d’alzheimer, deux autres décédés à l’âge de 42 et 63 ans, une soeur décédée à 58 ans et une autre soeur qui souffre de démence. Quant à mes parents, papa est mort à 49 ans et maman à 45 ans.
Inutile de vous dire que je considère ma vie de femme de 78 ans comme un privilège et que j’essaie de la vivre au maximum. 👍
Merci d’avoir orchestré ce blogue qui vient me confronter à mon âge et sans orgueil, je me considère comme une belle vieille qui déguste la vie!