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Le droit des femmes

Aujourd’hui c’est le 8 mars, journée du droit des femmes. J’aime bien qu’on ait donné le vrai nom à cette journée, celle où les femmes se battent pour leurs droits depuis des décennies.

Mais tant de chemin reste à faire et parfois je crains qu’on fasse un pas de recul avec ce qui se passe dans le monde.

J’ai vu bien des progrès se produirent pourtant. Et je n’ai pu que constater celui que nos mères ont fait avant nous.

Ma propre maman avait su tracer sa voie malgré l’époque qui relayait les femmes à leur cuisine et à leurs enfants uniquement. Elle ne l’avait pas eu facile, son propre père lui avait refusé des études en enseignement, alors qu’elle rêvait de suivre le même chemin que sa maman, qu’elle avait à peine connue. C’était normal de payer des études à ses frères mais à quoi ça aurait servi à une femme qui « de toute façon, allait changer des couches » (dixit son père).

Sa rencontre avec mon père lui aura laissé les coudées franches pour avancer. Elle n’aura pas terminé les études tant désirées mais il l’aura laissé libre de vivre à sa guise.

Elle a élevé ses filles et ses gars le plus également possible, les encourageant dans la voie des études pour qu’ils prennent leur place dans la vie. Même si financièrement, ils ne pouvaient pas nous aider, nos parents nous ont donné la motivation de continuer.

Oh, rien ne fut rose pour autant. Un petit relent de vieille mentalité trainait derrière leurs pensées. Un homme sera toujours le pourvoyeur, le mâle le plus important dans la nature. Je l’ai toujours sentie, même si je sais leur fierté devant ma réussite.

Une réussite qui est venue sur le tard, car j’ai d’abord suivi le chemin que la société nous montrait encore bien clairement dans ma jeunesse. J’étais mêlée. Les années 70, les femmes se libéraient. La sexualité fut un peu débridée à une certaine époque, on découvrait qu’on pouvait profiter de notre corps avec plaisir. J’ai suivi la mêlée, sans trop comprendre où je m’en allais.

Je rêvais d’indépendance et d’autonomie, je disais haut et fort que je ne me marierais pas avant l’âge de 25 ans, je voulais d’abord terminer mes études et entreprendre ma carrière. Je verrais à l’amour plus tard. En attendant, je pouvais bien profiter des relations que j’avais, mais pas à long terme.

Mais je rêvais aussi du prince charmant. De prince charmant ce fut plutôt un guerrier que j’ai rencontré. À 26 ans, j’avais deux enfants que j’ai aimé plus que tout, mais aussi une solide barrière à une carrière, au côté d’un homme jaloux et violent.

Je pense que mes parents ont accepté l’idée assez facilement que je me casais. Ils n’étaient pas bien loin de la génération qui voyait la femme au côté d’un homme, sans qui elle ne serait rien.

C’est à 34 ans que je me suis repris en main. Je l’ai d’abord fait pour assurer un avenir serein et surtout d’autonomie à mes enfants. Mais en même temps, j’ai retrouvé ma liberté de choix.

Sauf que le monde dans lequel j’ai repris pied, avait encore la philosophie de l’homme (entendons-nous ici que je veux mentionner le mâle) avant tout.

J’ai dû me battre très fort pour y faire ma place. J’ai gravi les échelons dans ma vie professionnelle, j’ai obtenu des postes de gestionnaire. J’ai eu la chance de côtoyer des hommes qui m’ont fait confiance (curieusement, ce furent surtout des hommes), mais aussi des hommes (et des femmes) qui m’ont tassé. J’ai ravalé souvent mon orgueil mais je n’ai pas cessé de prendre ma place.

On a bien dû me reconnaître mes compétences. Mes études (MBA) aidaient à le prouver. Mais aussi sur le terrain, j’ai pu démontrer que mon jugement et mon expertise étaient des atouts indéniables.

Maintenant j’ai pris ma retraite. Je me disais que je n’aurais plus rien à prouver. Que je pouvais laisser aller ma vie dans les petits bonheurs quotidiens. Pourtant, je découvre autour de moi encore beaucoup de sexisme. Ce qui est triste, c’est que ces jugements viennent non seulement des hommes mais aussi beaucoup des femmes. Surtout de ma génération, mais je le vois aussi dans celle qui nous suit.

Les femmes de ma descendance prennent leur place dans ce nouveau monde. Ça me rend très fière. J’aime les femmes de tête qu’elles sont devenues. Et j’ose croire que je leur ai un peu servi de modèle.

J’ai quand-même peur pour elles, qu’elles ne réalisent pas le chemin qu’on leur a fait et qu’elles ne continuent pas le combat de leur liberté de droits.

Prenons notre place, on ne cherche pas à prendre la place de qui que ce soit, et je trouve merveilleux que les hommes prennent des rôles autrefois dévolus aux femmes. Mais certains croient qu’ils ont des droits sur nous à cause de ça. C’est là que je m’inquiète. J’ai toujours prôné l’équité. On en est toujours loin.

Pour ma part, je vais tourner le dos dorénavant à ceux qui ne comprennent pas cela. Je suis trop âgée pour essayer de leur faire entendre raison. Mais je ne laisserai personne empiéter sur mes droits, ça c’est certain.

2 commentaires

  1. donald lanthier

    Félicitations pour ce témoignage du 8 mars madame Liette Picotin, ex étudiante adulée à l’UTA* de la Couronne-Nord. Votre déclaration et votre partage reconnaissent les valeurs de votre regrettée dont vous avez rédigé la bio dans un livre électronique. Les émotions vous habitent et mettent du baume aujourd’hui et demain. La syntaxe, ( la construction des phase ), n’est pas égratignée malgré les impératifs de la langue française. *UTA: Univ. 3e , Sherbrooke.

  2. Claudette Simard

    Oh ma chère Liette, quel témoignage éloquent et empreint d’une véracité évidente. Tu as raison. Rien n’est acquis et on doit encore et toujours être aux aguets devant les embuscades à nous faire reculer devant nos droits acquis.
    J’ai appris à te connaître un peu plus et voir tous les efforts déployés pour te frayer une carrière malgré les protestations de tes pairs. Je t’en félicite.
    Et qui a dit que notre chemin n’était pas parsemé de roses, que la vie est difficile? Scott Peck dans le chemin le moins fréquente.
    Faut surtout ne pas lâcher . Notre sagesse gagné à coups d’efforts et d’années jaillit par notre exemple et notre franc -parler.

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