
En écoutant une artiste ce soir raconter comme elle s’était sentie différente des autres toute sa vie et qu’elle avait toujours fait de son mieux pour s’adapter aux autres, j’ai réalisé qu’il en est de même pour moi.
On n’ose pas dire qu’on ne ressent pas la vie de la même façon que nos amis ou notre famille, c’est angoissant de se sentir autre. On se pose des questions continuellement, est-ce que j’ai un problème? Les autres nous regardent souvent bizarrement dans certaine situation où notre réaction est à l’encontre de la leur.
Je me suis souvent sentie mal à l’aise, cherchant à excuser un comportement sûrement exagéré à leurs yeux.
D’ailleurs, on dirait que mes yeux ont toujours trop vu. Mon conjoint me reproche de tout analyser. Je n’analyse pas, je vois. Je sais qu’il ne faut pas toujours dire ce que l’on voit, dans mon cas, c’est une nécessité si je veux faire parti du banc de poisson (J’aime beaucoup l’image mais certains reconnaîtront une phrase entendue dans une téléréalité récemment).
Car le bonheur ne réside-t-il pas en suivant le groupe? C’est ce que j’ai toujours cru.
Ça a commencé dans l’enfance, alors que je préférais lire un livre, écrire, chanter des chansons ou regarder la télévision plutôt que de pratiquer un sport et de jouer dehors (malgré tout ce qu’on lit là-dessus, je persiste à dire qu’il s’agit de personnalité et non d’époque).
Comme les enfants de ma génération, j’ai fait du vélo, j’ai patiné l’hiver, j’ai joué au baseball avec mes frères (même si on m’envoyait au champ, qu’on appelait la vache), un peu au ballon-chasseur à l’école. Mais toutes ces activités (sauf le vélo qui me permettait de me rendre où je voulais et m’apportais un certain sentiment d’indépendance et d’autonomie) ne m’ont jamais rendu heureuse. Je le faisais pour me sentir comme tout le monde.
Être soi n’est pas un acte facile. On veut d’abord plaire à nos parents. Oh bien sûr, ils veulent qu’on réussisse, ils m’ont beaucoup encouragé à l’école, ce qui m’a appris que je pouvais me démarquer sans trop de heurts. Mais dès que j’agissais d’une façon différente, je les sentais mal à l’aise. Je vous donne un exemple. Comme je lisais beaucoup, certains mots enrichissaient mon vocabulaire et devenaient presqu’instinctifs. Un jour, en visite dans la famille, j’expliquais à un cousin que je n’aimais pas une certaine activité car je souffrais de claustrophobie. Ouf, le gros mot, mon cousin n’en connaissant probablement pas le sens, car c’était peu utilisé à cette époque. Maman m’a rappelé à notre retour chez-nous de faire attention aux mots que j’utilisais. Je ne lui en veux pas, elle voulait surtout qu’on ne me mette pas de côté à cause de ma différence. Ça partait d’un bon sentiment.
En vieillissant, j’ai compris que je serais toujours différente. Il m’arrive de côtoyer des gens qui ne pensent pas comme moi, ou qui ont plus d’instructions que moi, au moins dans certains domaines. Cela ne me dérange plus, je trouve que ça me permet d’apprendre. Et apprendre, c’est encore la meilleure façon de vieillir.
Je ne peux pas dire que je connais une seule personne qui soit en tout point comme moi. Mais je trouve que je peux apprendre de n’importe qui. C’est le merveilleux de notre société.
Bien sûr, il m’arrive aussi d’avoir plus de connaissances et/ou d’expertise dans certains domaines que des personnes que je côtoie. J’essaie, dans ces moments, de ne pas écraser ces gens par mes propos. Ce n’est pas évident de rester humble, pas dérangeante et en même temps d’être soi-même.
Même mes enfants sont différents de moi, je retrouve des similitudes certes, après tout, je leur ai transmis un peu de moi. Mais auprès d’eux aussi, je peux apprendre, c’est la beauté de la vie, je leur ai appris et maintenant ils m’apprennent très souvent. Je sais aussi que je peux leur donner mon avis et ils en font ce qu’ils veulent bien sûr, sans trop me juger semble-t-il. Honnêtement, je dois avouer que je fais très attention de ne pas être la mère contrôlante que je pourrais être si je me laissais aller. Je pense que j’y arrive assez bien, même si parfois, je ravale un peu mes émotions.
Auprès de ma mère aussi j’apprends. Elle est très différente de moi, à certains moments, j’ai de la difficulté à comprendre certaines de ses décisions ou comportements. Mais j’apprends le vieillissement auprès d’elle. Comment je veux vieillir? Ou comment je ne veux pas vieillir? Un peu des deux, je crois. Après tout, moi-aussi je suis en processus de vieillissement (ne le sommes-nous pas tous me direz-vous, à juste titre).
Je suis différente, j’ai une sensibilité à fleur de peau. Beaucoup de sentiments m’habitent chaque jour, les émotions me submergent facilement. Je suis fragile de ce côté. Je n’ai pas le bonheur facile comme on dit, mais mon « moi » est un handicap en ce sens. Pour compenser, j’ai développé mon côté rationnel, ce qui m’a un peu fait perdre le sens de l’imaginaire.
En l’an 2000, j’avais lu une description sur moi dans l’astrologie (que je lis parfois, surtout pour le plaisir, car je suis trop rationnelle pour y croire) qui me ressemblait tellement que je l’ai découpé et que j’ai conservé ce texte. Il est bien en vue sur mon bureau.
Même s’il est en anglais, il est assez facile à comprendre : « You are both a highly sensitive and a highly intellectual person, LIETTE. This is a unusual combination, and part of what makes you the superstar that you are. Today’s quarter Moon challenges you to think about how you can best combine these two key components of your personality. Have you ever considered writing as a carreer? It might provide just the sort of balance you seek. Give it some thought or, better yet, simply start writing and see whether or not it suits you. »
Ma passion de l’écriture était présente dans mon enfance. Je rêvais de devenir écrivain. Je me souviens d’un exercice que nous avait demandé mon enseignante de 7e année (oui, oui, ça existait encore dans mon temps), Sœur Angèle Boisclair. Nous devions faire deviner qui nous étions par une phrase aux autres élèves de la classe. Moi, j’avais simplement écrit : « je veux être écrivain ». Tout le monde savait que c’était moi. Et j’étais bien la seule qui rêvais de ça… (vous remarquerez que je ne féminise par les professions, car je considère qu’il n’y a pas de sexe dans la voie que l’on veut suivre).
J’avais une personnalité affirmée, je n’ai donc pas trop souffert de ma différence. Je n’ai pas été intimidé à mon souvenir. Cependant, je cherchais souvent à me fondre dans le groupe et comme j’avais un caractère un peu bouillant, c’était lourd de me taire, je n’y arrivais pas tout le temps.
En vieillissant, j’ai réussi à me servir de cette différence dans ma vie professionnelle, généralement à mon avantage. Je me suis démarquée grâce à ça, même si, encore une fois, mon intransigeance et ma loyauté m’ont nui dans mes relations interpersonnelles.
Il me faut faire attention de ne pas prendre trop de place, laisser la chance aux autres. J’ai tendance à prendre les devants pour l’organisation, j’ai toujours peur que rien ne se passe si je n’y mets pas un peu ma patte. Mais quand je sens l’incompréhension de mes proches, je suis triste et accablée.
Alors être soi-même n’est pas si facile, je le disais. Il faut l’être, tout en ne blessant pas les gens autour de soi. Certains me laissent l’être et me respectent là-dessus, j’ai cette chance.
Et vous, vous sentez-vous différents en société? Comment vivez-vous cette différence? Et en vieillissant, est-ce plus facile?
C’est ta différence qui fait de toi la personne que tu es et je devine, à travers les lectures de tes écrits, que tu as eu une bonne vie avec le support d’une famille aimante. Tu es même devenue écrivain! Alors, chapeau!
62 ans sonnera bientôt pour moi, je dirais qu’avec ma sensibilité à fleur de peau je me suis toujours senti bien différentes des autres et même inférieur jusqu’à une certaine époque de ma vie. Plus je vieilli, plus je suis bien avec ma différence émotionnelle, et la grandeur de la vieillesse me permet aujourd’hui d’être à la hauteur de tous, sans me juger moi même!
Merci à cette belle cohabitation de la vie.
Liette, tu m’inspires!