
Pour s’assurer que le monde survive, la nature a permis que chaque famille puisse se multiplier, avec la naissance de plusieurs enfants.
Ainsi arrive la fratrie, dans un contexte d’amour et d’immortalité. La variabilité de cette formule est, certes, un enjeu de notre société actuelle. Mais le fond demeure le même, on veut se reproduire et ainsi survivrons-nous.
Cette fratrie est-elle vraiment un avantage dans la vie d’un individu? Je suis loin d’en être convaincue maintenant.
Mes parents viennent d’une famille assez nombreuse, ils avaient tous les deux 5 frères et sœurs. Mais il y eut des disputes assez tristes au sein de leur fratrie.
Mon père et ma mère étaient les benjamins de leur clan. Ce qui peut être un avantage et un désavantage. Ils ont été gâtés et choyés par leurs frères et sœurs aînés, mais aussi bousculé à l’occasion.
D’être le plus jeune a aussi l’inconvénient, généralement, de voir partir ses frères et sœurs avant soi. Entraînant blessure et isolement, créant une nostalgie du passé.
Mon père n’a pas suivi ce chemin, puisqu’il nous a quitté assez jeune (64 ans) et donc, avant plusieurs de ses frères et sœurs. Sa maladie fut assez rapide, l’emmenant dans l’au-delà, à la grande tristesse de tous ses proches. Mais parfois, je l’envie un peu de ne pas avoir connu les inconvénients du vieillissement.
Il en est autrement pour ma mère, qui est toujours là et à qui il ne reste qu’un seul frère. Leur vieillissement respectif les aura rapprochés et c’est tant mieux. Maman souffre de solitude puisque la majorité de ses proches sont disparus. Il lui reste certes ses enfants, et c’est un grand atout d’en avoir eu plus qu’un, mais comme tous les enfants, ils ont leur propre vie et ne sont pas autour d’elle à chaque instant.
Donc, la fratrie aura donné des amis intimes à mes parents, tout au long de leur vie active. Ma jeunesse est empreinte de visite chez la parenté et de soirées d’amusement où la proximité de nos familles étaient si chaleureuses.
Pour perpétuer cette valeur familiale, mes parents avaient donc pris la décision au moment de s’unir, d’avoir plusieurs enfants eux-aussi. Ils en ont eu quatre. Je suis l’aînée.
M’a suivi rapidement un frère que je considère comme mon jumeau. Nous avons grandi très proches l’un de l’autre. Et nous nous ressemblons sur plusieurs points, ce qui nous apporte appui et réconfort dans la compréhension de nos vies respectives.
Quelques années plus tard, on m’a raconté que je priais chaque soir pour avoir une sœur. Et sans crier gare, une petite sœur m’est née alors que j’avais 4 ans ½. Mon vœu fut exaucé. Comme nous avons partagé notre chambre jusqu’à l’âge adulte, ça a créé un lien très spécial entre-nous.
Et le benjamin de ma fratrie est arrivé alors que j’avais 7 ans ½, ce fut le petit frère qu’on a gâté et aimé plus que de raison. On lui pardonnait tout. Son rôle de benjamin lui aura certainement demandé de faire sa place au sein de notre fratrie, il y est bien arrivé.
Mon droit d’aînesse ne m’aura toutefois pas qu’apporté de la joie. Je me suis toujours sentie assez protectrice auprès de mes frères et de ma sœur. Allant peut-être un peu trop, parfois, au-delà du nécessaire. On m’en a fait le reproche mais on a aussi souvent apprécié que je sois là. J’ai souvent tenu à bout de bras l’unité de notre famille, non sans quelques blessures pour moi avec les reproches qui venaient irrémédiablement avec.
Cette douce période de mon enfance, où de vivre à six dans une même maison a été un moment de bonheur et de joie, ne semble pas avoir idéalisé la formule même d’une grande fratrie. Sûrement que mes souvenirs n’ont conservé que les précieux moments de plaisir en famille, en mettant un baume sur les moments moins glorieux.
Tout ce brouhaha dans notre famille me fait me poser des questions sur le bienfait d’avoir plusieurs enfants.
Comme plusieurs personnes de ma génération le savent, le nombre d’enfants a diminué dans plusieurs familles. Je n’y fais pas exception mais je tenais à avoir 2 enfants, pour que notre clan représente vraiment une famille. Ce fut fait, non sans difficultés. Il me fallut convaincre le père de mes enfants des bienfaits d’une vraie fratrie. Lui-même n’ayant pas un été un frère très présent auprès de ses sœurs. Je me basais sur la vie que j’avais vécu auprès de MA fratrie. Est-ce que je le faisais avec des œillères, je le pense un peu maintenant.
Car mon couple, avec le père de mes enfants, a éclaté, et j’ai donc entraîné mes enfants dans un tourbillon négatif durant leur enfance. Notre décision d’avoir des enfants ensemble n’avait pas prévu cette fin entre-nous, assez égoïstement, je le réalise.
Il faut bien l’avouer la décision d’avoir des enfants est principalement pour nous donner l’impression d’être quelqu’un. Donner la vie donne aussi un sens à NOTRE vie. Est-ce qu’on le fait vraiment pour l’enfant à venir, j’ai de gros doutes là-dessus.
Lorsqu’on fait le choix de mettre un enfant au monde, le raisonnement de base devrait être de lui donner la chance de vivre dans notre société mais ouf, de nos jours, il n’y a rien de bien gai à vivre dans cette société.
Ce devrait aussi être pour une raison démographique qu’on choisit d’avoir un enfant. L’équilibre par famille permet la longévité de cette dite société. Certaines cultures disparaissent ainsi, faute de relève. C’est comme ça depuis que le monde est monde, donc pas de tristesse ici, juste une constatation.
Le partage de l’amour avec un enfant n’est pas de tout repos. Chaque enfant vient au monde avec sa propre personnalité, nous ne sommes là que pour l’entourer, lui montrer le chemin qu’on croie réaliste et valorisant. Mais l’enfant fera ses propres choix et prendra son propre chemin, souvent loin de ce qu’on croyait le mieux pour lui.
L’inquiétude se met de la partie et nous cause une anxiété souvent déprimante.
Alors partager l’amour entre plusieurs enfants n’est pas de tout repos. Je le constate pour ma maman et je le vis moi-même.
On aime chacun de nos enfants, on essaie de les accepter tels qu’ils sont mais est-ce que la fratrie est prête à ce partage? Pas toujours et on n’a pas de contrôle là-dessus.
Mes enfants sont différents. Je les aime également. De cela, j’en suis persuadée. Mais je ne les aime pas de la même façon. J’ai plus d’affinités avec un pour certaines choses et plus avec l’autre pour d’autres choses. Ce n’est pas facile de trouver l’équilibre pour aimer ses enfants, on sent parfois des reproches par rapport à ça, ce qui m’attriste.
J’en viens à me demander s’il n’aurait pas été préférable que je n’aie qu’un seul enfant. Je n’aurais pas à partager mon amour et je pourrais lui donner toute l’attention qu’il mérite, sans me sentir coupable d’en faire assez pour un et pour l’autre.
Là-dessus, je rajoute que je ne saurais lequel j’aurais préféré avoir. Je l’ai dit, je les aime vraiment tous les deux.
Alors je pense à ma maman qui a eu 4 enfants. Je n’ai jamais vraiment ressenti de jalousie vis-à-vis mes frères et ma sœur, parfois un peu d’envie peut-être. Je sais que ma mère m’aime, elle me l’a prouvé à plusieurs reprises. Toutefois, en écrivant ma biographie, j’ai décelé quelques lacunes dans son rôle parental, surtout en favorisant certains de mes frères ou ma sœur à certaines occasions. Peut-être même que mes frères et ma sœur ressentent-ils cette même lacune vis-à-vis moi. Je n’en veux pas à ma mère, je sais qu’elle a fait de son mieux et qui suis-je pour la juger, n’ayant pas été un parent parfait moi non plus.
Mais elle-aussi, elle a dû se partager entre ses enfants.
Quant à mes grands-parents, je n’ose penser comment ils pouvaient essayer d’être égaux avec tous leurs enfants. Il est vrai que les mœurs de l’époque, ne voyaient pas les enfants comme des êtres à aimer, mais comme une progéniture qui prendrait la relève et un don de Dieu selon l’église catholique qui régissait pas mal la vie de tous les gens à cette époque.
Ce ne devait pas être évident non plus de faire la discipline dans les familles nombreuses. Les parents n’avaient souvent d’autres choix que de recourir à une discipline physique. Ce n’était pas évident pour ces familles avec de nombreux enfants.
Chez-nous aussi, mes parents ont dû utiliser cette méthode. On élevait les enfants, on ne les éduquait pas. C’était sans malice, en tout cas, dans la vie de mes parents. Je n’ai jamais eu à m’en plaindre, c’était plus un manque de patience, souvent à juste titre, même si je n’approuve pas la violence. Ce serait très mal vu de nos jours, il faut se rappeler qu’on était à une autre époque.
J’ai bien sûr, hérité de ce concept d’impatience, et il m’est arrivé à l’occasion de rudoyer l’un de mes enfants. Ça n’a jamais été plus loin que ça, mais ils pourraient m’en vouloir pour ces épisodes d’agressivité que j’ai toujours regrettés.
Encore une fois, aurais-je été plus patiente avec un seul enfant, peut-être. Les circonstances de ma vie n’ont fait qu’ajouter au poids de l’éducation de deux enfants.
Même mes enfants ont choisi deux chemins différents. Mon fils a maintenant deux filles, qui se disputent entre elles et s’aiment tout à la fois. Ma fille n’a qu’une fille, qu’elle chérit et entoure de son mieux avec brio, mais que j’ai senti bien solitaire parfois.
Voilà donc ma réflexion sur la fratrie… avoir un ou plusieurs enfants? Quelle est la bonne réponse? À voir la relève autour de moi, je crois que plusieurs choisissent la première option et je ne peux qu’être d’accord. Ce qui ne m’empêche pas d’admirer ceux qui choisissent la deuxième option.
Chère Liette,
Tu as vraiment la capacité extraordinaire de nous livrer tes réflexions en toute vérité. Tu m’as beaucoup rejointe dans ce texte sur LA FRATRIE. Étant la septième d’une famille de 12 enfants, je peux te dire que je passais souvent inaperçue ayant choisi d’être la petite fille docile au lieu d’être comme certains membres de ma fratrie un peu délinquants sur les bords et de goûter aux remontrances de nos parents.
J’ai la joie d’avoir deux filles très proches de leurs parents et cinq petits-enfants. J’espère connaître la joie d’être arrière-grand-maman.
Merci de ce blogue qui me permet de te découvrir davantage et qui me permet aussi de jeter un regard nouveau sur ma vie que j’ai la chance de vivre en toute sérénité.
Merci! 😘
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Merci Lucille pour ces beaux mots, plein de vérité et de bienveillance!
Ce qui importe pour moi c’est de savoir pourquoi je prends une décision.
Si j’ai eu des enfants ( 4) c’est que la famille pour moi c’est un milieu de vie qui essentiel pour moi. Pour moi l’enfant est une richesse, un don de Dieu.
J’aime mes enfants et j’ai toujours voulu le meilleur pour eux.
Ce qu’il deviendrait je n’en savais rien. Mes chemins ne sont pas leurs chemins et c’était à eux de décider ce qui leur convenait.
Avec le recul, je vois les erreurs que j’ai fait dans leur éducation. J’ai fait de mon mieux, au meilleur de mes connaissances.
La vie est ainsi faite, le meilleur et le pire se côtoient. Parfois la vie est comme un fleuve tranquille et d’autres jours une tempête qui me fait vaciller.
100% d’accord! La vie a ses hauts et ses bas. J’essaie de focusser sur les bons moments plutôt que de déprimer sur les moments moins drôles.
Comme mère, j’ai fait mon possible et je suis contente du résultat sur mes deux filles et mes cinq petits -enfants.
👍😘
Tu as tout à fait raison. Et je t’admire pour ta belle famille.