Notre société redoute le silence et le comble en permanence. Dans les boutiques, les parkings, les ascenseurs, les gares et les aéroports, la musique nous rassure, nous cajole et nous endort. Le bruit met notre vie en scène comme au cinéma. Le silence n’est jamais anodin. Si un ange passe, le silence n’est pas toujours religieux. De l’église à la bibliothèque, en prison ou en grande force de l’injustice. Tour à tour écoute ou indifférence, il faut le décrypter pour qu’il parle. Il danse aussi avec grâce entre les mains volubiles des sourds et des muets… Il est parfois assourdissant, « comme le bruit que fait le bonheur quand il s’en va ». Le silence st une solitude, un miroir où l’on se trouve face à soi-même, une pause dans le tumulte, un vide où l’on craint de voir remonter vers la surface les bulles enfouies et les paquets de « mouchoirs par-dessus ».

Au quotidien, dans notre esprit, il n’y a pas de silence. Essayez de ne penser absolument à rien. Cela ne durera que quelques secondes. Aussitôt les idées reviendront a la charge malgré nous… Pourtant le silence intérieur est une expérience surprenante qui permet d’accueillir les pensées les plus secrètes, celles qui ne peuvent s’exprimer que lorsque le bavardage incessant de la surface se tait enfin.

Alors, le murmure des profondeurs qui nous parle sans mots a tant de choses à nous dire… Pour peu qu’on laisse monter en nous la petite musique du silence, elle devient l’écrin de l’inspiration, de la réflexion et de la sagesse. Elle est la voix de la passion et de la raison, du bon sens et de la lumière. Elle apporte parfois des réponses à des questions qu’on n’avait pas posées.

On supporte mal le bruit, fléau de l’ère industrielle et fruit d’un mépris mutuel, mais le silence… on songe plus à le meubler qu’à l’écouter. Lorsqu’il se fait enfin, un autre rideau s’ouvre en nous et nous faisons face à un inconnu qui n’est autre que nous-même. Comme l’eau de l’océan qui calme ses déferlantes et retrouve la transparence de sature profonde, son espace se révèle, immense et riche. On peut s’y sentir bienvenu. La force du silence se mesure au pouvoir d’un geste ou d’un regard. J’ai trouvé en moi cette petite voix qui m’accompagne. Elle se tait, souvent, bienveillante comme un sourire. Désormais je ne suis plus jamais seul.

Toujours prêt au dialogue, parfois dérangeant mais rarement à court d’inspiration, le silence st aussi un compagnon merveilleux.